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Terre de nos ancêtres

29/11/2014 15:01

O ! Cameroun, berceau de nos ancêtres !                                                                                                                                          Autrefois tu vécus dans la barbarie !                                                                                                                Comme un soleil tu commences à paraître.                                                                                                           Peu à peu tu sors de ta sauvagerie.

    L’année du cinquantenaire arrive à grands pas. Partout en Afrique, alors que les Etats ne parviennent guère à faire jouer la fibre patriotique –tragique malentendu- qu’à l’occasion de manifestations sportives, la célébration s’annonce tonitruante : partout, la « Place de l’Indépendance », où se rallume chaque année ce qui est en fait la flamme de la sujétion, cette place s’ébranle, et se met frénétiquement en frais des plus beaux atours.

    Par delà la malicieuse diversion de jubilation généralisée en perspective, la donnée de fond demeure : l’ « indépendance », c’est la forme achevée du régime des majordomes agréés ; l’ « indépendance », tout comme la colonisation, c’est l’asservissement et la gestion des peuples par certains corps préposés, au profit des puissances dominatrices.

    La grande combine, en effet, c’est que, par l’astuce de la proclamation, il y a cinquante ans, de l’avènement de « nations » artificiellement rivées sur les contours des Etats créés en Afrique par le pacte de la Conférence de Berlin, les puissances colonisatrices ont scellé leur entreprise de refondation de la colonisation, jouant de l’enthousiasme et de la jobardise de populations mystifiées.

    Les paroles de l’hymne originel du Cameroun apparaissent comme l’exemple type de la pernicieuse manœuvre par laquelle il a été incrusté dans le subconscient du colonisé combien il doit rester à jamais redevable au colonisateur d’avoir bien voulu lui apporter généreusement sa civilisation, et de lui avoir donné un morceau de terre pour servir de terre d’origine à ses aïeux. Comme si le Cameroun, tracé en 1885, était antérieur aux aïeux ! Ainsi, avec l’intelligence plus ou moins consciente d’une classe politique intéressée, l’objectif recherché par les grandes puissances, c’est de parvenir à oblitérer dans la mémoire des peuples d’Afrique l’impression sordide laissée par l’acte de démembrement du continent africain, d’une part afin de faire admettre par ces peuples l’idée que c’est grâce à la colonisation qu’ils ont eu l’ « inestimable » chance de constituer des « nations », et d’autre part afin de maintenir par là le système de désagrégation des communautés géoethnoculturelles, et d’empêcher la reconstitution d’entités nationales antécoloniales décomplexées, susceptibles d’être des ferments d’une juste régénération politique de l’Afrique.

    Il faut le souligner avec insistance : cooptée au gré des circonstances par les réseaux prédateurs, et de fait résolument en service commandé, claironnant à tue-tête, de façon impertinente, qu’il est inutile de chercher à abattre les frontières héritées de la colonisation, une certaine élite africaine ne rate jamais l’occasion de renouveler son allégeance au pacte de Berlin. Les diverses institutions politiques, économiques, monétaires, financières, culturelles ou religieuses, qui affectent d’être d’incontournables facteurs d’intégration d’Etats « souverains », à l’échelle sous-régionale, régionale, ou continentale, et où s’active cette élite obligeante, ces institutions, obséquieux relais des visées de « ceux qui se sont partagé le monde », se posent en réalité comme un repaire obscurantiste où l’insaisissable « Communauté Internationale » élabore, au prix de maints génocides vifs ou lents, les stratégies d’ajournement, de canalisation ou d’étouffement des aspirations des peuples, et de perpétuation des politiques favorables aux trônes et aux dominations de ce monde.

     Le dépeçage de l’Afrique est pour les peuples d’Afrique un affront que l’indépendance doit gommer. Que l’ « indépendance » s’accommode de ce dépeçage, et s’entiche de faire de chacune des sinistres portions la « Terre de nos ancêtres », et persiste toujours dans son acharnement à maintenir les murs de Berlin en Afrique, voilà une disposition qu’aucun bon sens humain ne saurait héberger. Jadis, la colonisation déstructura l’indépendance ; à présent, l’ « indépendance » structure la colonisation. Naguère, la conglomération forcée des peuples a permis aux envahisseurs colonialistes de prospérer. Aujourd’hui, l’ « indépendance » de l’Etat colonial rebaptisé « nation » dédouane l’envahisseur et lui donne bonne conscience.

    Trêve de subterfuge ! L’indépendance, la vraie, c’est, fatalement, le rejet de l’Etat colonial en tant qu’espace géopolitique dessiné et légué par le colonisateur. Célébrons donc les cinquante ans d’une « indépendance » postiche, à condition, dans ce cas, de revendiquer la seule nationalité conséquente : la britannique, la française, la portugaise !...

Huenumadji AFAN                                                                                                                                              A suivre…

BCCM/PS/CHRONIQUE/09112009

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