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Si la Francophonie parlait Etiemble…

29/11/2014 15:02

« Il y a un certain nombre de valeurs avec lesquelles je ne transige pas : c’est-à-dire la justice, la vérité, la liberté. », ETIEMBLE

    En ce jour premier anniversaire de la disparition de mon cher maître René Etiemble, je me mets en devoir de rappeler et de (re) commander au souvenir des hommes de bonne volonté cet illustre humain dont la vie fut entièrement consacrée et aux humanités et à l’humanité.

    Ce fut un personnage à mille facettes lumineuses, toutes plus rutilantes les unes que les autres : polyglotte, philosophe, écrivain, critique littéraire…, cet homme de lettres divinement érudit était le prototype du lettré au sens noble du terme tel qu’il l’affectionnait lui-même, c’est-à-dire l’intellectuel (dé) voué au service de la vérité.

    Bernard Pivot, dans son Billet en date du 09 janvier 2002, résume : « Etiemble était radicalement anticolonialiste et c’est au nom de ce refus de l’asservissement d’une culture par une autre qu’il avait écrit en 1964 Parlez-vous franglais ? » Et Bernard Pivot de conclure : « Parlons-nous Etiemble ? Hélas, de moins en moins. »

    Aujourd’hui, en effet, bon nombre d’analphabètes et d’indigents intellectuels en course pour la « francophonie » ignorent à quel point ils trahissent l’idéal du véritable fondateur spirituel. En s’insurgeant contre l’invasion du français par l’anglais, Etiemble (dé) montrait que la question de la langue est une affaire culturelle mais surtout politique, et c’est dans ce sens qu’il interpella Georges Pompidou alors Premier ministre de France. Plus tard, lorsque la « Francophonie », formellement mise en place en 1970, s’engagea dans des voies peu compatibles avec l’idéal de résistance et de libération des peuples, il en fut rageusement outré.

    A ce propos, dans sa correspondance en date de la nuit du 22 au 23 juillet 1980, Etiemble me confie : « Il y a chez nous [en France] un certain nombre d’imbéciles ou de criminels qui n’ont à la bouche que la francophonie mais qui assurent qu’il faut empêcher les étudiants du « tiers monde » (comme disent ces lâches-là) de venir attraper chez nous la « vérole », c’est-à-dire apprendre à réfléchir sur les maux de toute société. » L’allusion concerne ici la décision prise alors par le gouvernement français de faire subir aux étudiants étrangers sollicitant une inscription dans les universités françaises un examen de langue française. Etiemble était monté au créneau pour dénoncer « l’arrière-pensée politique de cette mesure d’apparence technique et anodine »…

    De nos jours, la « mondialisation » et la « globalisation » obligent les dirigeants de la « Francophonie » à parler abondamment d’ « exception culturelle ». Si cette exception culturelle devrait s’entendre au profit de la « Françophonie », et au détriment des valeurs de justice, de vérité et de liberté, ce serait là pure félonie et grande indignité !

    Ah ! si elle pouvait parler Etiemble, la francophonie s’en porterait certainement mieux !...

 

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