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Que devient donc la Terre de Togbanyi ?

29/11/2014 17:31

 

Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher,

Et pour tout royaume qu’un coin dans le maquis,

Combien de temps restera-t-il caché ?

OUYI TASSANE

« Je maintiens […] que l’européanisation des continents non européens

pouvait se faire autrement que sous la botte de l’Europe ;

que ce mouvement d’européanisation était en train ;

qu’il a même été ralenti ; qu’en tout cas il a été faussé

par la mainmise de l’Europe. »

AIME CESAIRE

1. La tragédie est immense : amputé des trois quarts de sa population et des deux tiers de son royaume immédiat, Adja-Kpoyizoun se devait d’organiser la résistance contre l’envahisseur colonisateur. Pour la défense et la survie de la terre de ses ancêtres.

    La suite : déporté, exilé au Gabon, il perdit la vie dans des circonstances troublantes…

2. Un mot à l’intention des adeptes grands propagateurs du mythe des « indépendances »,             à l’intention des agents thuriféraires enrôlés dans la mystique des réhabilitations : la célébration du centenaire de la disparition de Kpoyizoun doit être l’occasion d’honorer la mémoire d’un vrai héros, symbole de la lutte contre la domination. A ne pas confondre avec les opportunistes canonisés, vrais faux héros de vraies fausses « indépendances ». Ces derniers ont commencé par mettre en avant la fibre ethnique. Puis, l’opportunisme politique se manifestant de plus en plus,   ils devinrent des « nationalistes patriotes togolais ». Ainsi naquit le Togo, « Terre de nos aïeux ».

    Le saut astucieux qui nous fait passer de « Nos ancêtres les Gaulois » à « Nos ancêtres les Togolais » met en cache une réalité cruelle : celle qui consiste à étouffer la conscience géoethnoculturelle, puissant antidote contre la volonté irrépressible de l’ordre prédateur tendant à faire admettre que l’Afrique née de la géométrie infligée aux peuples en 1885 doit   – comme par le diktat d’un décret providentiel divin - survivre à tout prix en tant que telle, maintenant et à jamais…

 3. S’il revenait aujourd’hui à la vie, Adja-Kpoyizoun se sentirait-il vraiment comblé ? Qu’en est-il de son royaume, à l’ère des « indépendances » ? L’on ne doit en effet jamais perdre de vue que Kpoyizoun est mort bel et bien pour la terre de Togbanyi, et non pour une quelconque énigmatique  « terre de nos aïeux » consacrée par le pacte colonial ![1]

Huenumadji AFAN

A suivre !...

BCCM/PS/CHRONIQUE/13022013


[1] A chacun d’interpeller sa conscience : s’habiliter à réhabiliter un héros de la résistance sans être soi-même un résistant est pure supercherie. Toute entreprise de réhabilitation d’un héros de la résistance, conçue pour endormir les consciences et empêcher les peuples d’ouvrir leurs yeux sur les problématiques de l’heure, sur les malheurs d’aujourd’hui, est une manœuvre de diversion, destinée à sustenter des visées inavouées.

 

 

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