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Pardon – Réconciliation

29/11/2014 15:30

« Les hommes libres sont des déchireurs d’horizon. Ils dérangent, avec une insupportable lucidité,

les hommes qui vivent en surface, et les institutions qui s’enlisent en elles-mêmes. »

G. BESSIERE, Le feu qui rafraîchit, Epiphanie, Paris, Editions du Cerf, 1978, p. 36

 

    Lors des audiences publiques de la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR),    qui se sont déroulées au Togo du 06 septembre 2011 au 17 novembre 2011, des auteurs présumés sont intervenus sous forme de droit de réponse, réagissant non pas en fonction       de l’acte qu’ils ont pu poser, mais uniquement par rapport au fait qu’ils ont été interpellés !   A l’occasion de la conférence de presse tenue à Lomé le jeudi 24 novembre 2011, Monseigneur Anani Nicodème Barrigah-Benissan, président de la CVJR, a sensiblement cru devoir humainement comprendre  – voire excuser ? -  cette attitude… Et pourtant !...

 

Distinguo :

    Le pardon, c’est l’acte par lequel l’offensé (victime) décide de façon discrétionnaire de ne pas (plus) tenir compte du tort qui lui a été infligé.

    Dans l’acte de réconciliation - dont l’exemple patent est celui du saint sacrement de la « Réconciliation » - c’est l’offenseur (bourreau, pécheur) qui, ravalant spontanément toute attitude d’autojustification et dans un élan de repentir (acte de contrition), va avouer (confesser) son forfait (péché) en espérant le pardon. Ainsi, contrairement au pardon, acte souverain, - où la seule disposition à pardonner de l’offensé est suffisante -, la réconciliation engage inévitablement et l’offensé et l’offenseur. 

    Observations :

    1. Dans un processus de réconciliation, l’acte de déposition est un acte de reconnaissance du tort, et cet acte doit provenir de l’offenseur. Question : Sur les vingt mille (20 000) « dépositions » recueillies par la CVJR, combien ont été faites par les offenseurs ?

    2. La réconciliation suppose une condition incontournable : l’offenseur avoue son tort à l’offensé, sachant que ce dernier a tout à la fois suffisamment de pouvoir pour se venger     et suffisamment de disposition à la miséricorde pour renoncer à la vengeance. La réconciliation n’est pas possible si l’offensé est en position de faiblesse ; la réconciliation n’est pas possible si l’offenseur ne peut pas espérer le pardon. Cette double considération fait de la réconciliation quelque chose de foncièrement aléatoire et mystique.

    Sentence :

     Monseigneur Anani Nicodème Barrigah-Benissan est nécessairement tenu de renoncer à la « mission de Réconciliation » - occasion de scandale - à laquelle il a malheureusement souscrit. Sans réconciliation, tout homme de bonne volonté est bien capable de pardon.

Huenumadji AFAN

A suivre !...

 

BCCM/PS/CHRONIQUE/27112011

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