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Où sont donc les balafres… ?

29/11/2014 17:30

 

« Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité,

ni du droit de changer de nationalité. »

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,

Article 15

« Le meilleur, c’est que, dans les conditions de communauté de destin et de possible société-monde,

 nous puissions envisager la Terre comme patrie, sans que cette patrie nie les patries existantes,

mais au contraire qu’elle les englobe et les protège. »

Edgar MORIN, Terre-Patrie, Préface 2010

    « Gbadamassi, le Yoruba Togolais ! » L’effet humoristique est extraordinaire, chatouillant l’imaginaire populaire : Est-ce possible que l’on soit Togolais si l’on se prénomme Gbadamassi ? Est-ce possible qu’un Yoruba soit Togolais ? Le natif Yoruba ne peut-il être un Togolais que par tolérance ?...

    L’on aurait pu penser qu’il s’agit là d’un artifice banal, pure prestidigitation verbale comique, propre à amuser la galerie. Or, voici que les circonstances de la vie, telles qu’elles se présentent au concret, ces circonstances nous induisent forcément à prendre la mesure du cocasse et du tragique que voile cette formule « Gbadamassi, le Yoruba togolais ».[1]

    En réalité, les aléas de l’histoire et les données sociologiques partout à travers le monde infligent souvent à l’individu-citoyen d’avoir conscience au moins d’une double appartenance : l’appartenance à un Etat, espace géographique où s’exerce un pouvoir administratif et politique, dont il tire la citoyenneté, abusivement dénommée « nationalité » ; l’appartenance à une ethnie, – vraie nation-, plus ou moins géographiquement circonscrite, dont il s’origine et dont il tire sa culture originelle, qu’il maîtrise plus ou moins.

    Cette double conscience est parfaitement légitime et justifiée. Même si elle est souvent manipulée soit par l’individu-citoyen lui-même, soit par l’ordre prédateur soutenu par le pacte colonial, qui s’est toujours donné pour mission historique – singulièrement en Afrique -        de consacrer la désorganisation et la déchéance définitive de nations ethniques, dont certaines jouissent encore d’une puissance démographique et économique impressionnante !...

    Signes visibles d’une identité infalsifiable, au moins les balafres yoruba s’affichent-elles. Où sont donc les balafres de la « Togolité » ?

Huenumadji AFAN

A suivre !...

BCCM/PS/CHRONIQUE/20122012


[1] Quoi qu’on puisse en penser, c’est un cas assez édifiant que celui tout récent du Général Assani TIDJANI,                un citoyen togolais pas du tout inconnu, qui a dû se faire inhumer en terre nigériane le 15 décembre 2012.        Au demeurant, Sylvanus Olympio, premier président de la République togolaise, n’est-il pas inhumé en terre dahoméenne aujourd’hui béninoise ? Barack Obama inhumé au Kenya ? Nicolas Sarkozy inhumé en Hongrie ? D’aucuns crieraient probablement au scandale. Mais, un tel « rapatriement » serait-il un acte vraiment absurde ? Par ailleurs, en renvoyant son passeport français aux autorités françaises, - renonçant donc à la citoyenneté française -, et en se faisant octroyer éventuellement un passeport belge ou russe, Gérard Depardieu pour autant renonce-t-il, peut-il renoncer à sa patrie, à sa nationalité française ? En tout état de cause : l’une des caractéristiques de la citoyenneté, c’est de confisquer, de masquer ou de travestir l’identité nationale ethnique de l’individu humain… 

 

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