Anticipation Logique Elaboration Action

L’AFFAIRE DSK

29/11/2014 16:12

« J’ai conscience que j’ai l’air de prendre sa défense. C’est tout le paradoxe de la situation :

on a beau dire que DSK est présumé innocent, la force des images et la puissance répétitive

 des accusations sont si fortes que le monde entier le voit comme un coupable. »

Hervé GATTEGNO, Le Point, lundi, 06 juin 2011

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Jean de LA FONTAINE, Fables, VII, 2

    Dimanche 15 mai 2011, la grande nouvelle se confirme, drue, abrupte : Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds Monétaire International (FMI), a été arrêté et officiellement inculpé, par la police judiciaire de New-York aux Etats-Unis d’Amérique, pour « agression sexuelle, tentative de viol et séquestration » sur une « femme de chambre ». Aussitôt, certains ironisent en fredonnant : « Dominique nique, nique… » Des exégèses fusent de toutes parts, dont bon nombre stigmatisent Dominique Strauss-Kahn « le séducteur ». Pernicieuse insinuation, qui fait d’un « séducteur » un « agresseur ». Comme si c’est chose si facile pour un sexagénaire de violer une jeune femme de trente ans !...

    Le 18 mai 2011, dans une lettre de démission officielle adressée au Conseil d’administration du FMI, Dominique Strauss-Kahn affirme : « C’est avec une infinie tristesse que je me vois obligé aujourd’hui de proposer au conseil d’administration ma démission de mon poste de directeur général du FMI. […] A tous, je veux dire que je réfute avec la plus extrême fermeté tout ce qui m’est reproché. Je veux préserver cette institution que j’ai servie avec honneur et dévouement, et surtout, surtout, je veux consacrer toutes mes forces, tout mon temps et toute mon énergie à démontrer mon innocence. »

    Le lundi 06 juin 2011, tandis que Dominique Strauss-Kahn plaide « non coupable » devant le juge au tribunal de New-York, la meute des membres d’un syndicat soutenant la « femme de chambre » est là dehors, bien présente – par solidarité à la Panurge -, criant à tue-tête sur le présumé coupable : « Honte à toi ! »

    Il convient de rappeler que DSK a été constamment pressenti, par tous les sondages, comme président de la République française en 2012. Raison suffisante pour qu’il soit – par tout moyen – disqualifié à ciel ouvert. La grande problématique générale : dans quelle mesure les problèmes de l’homme politique sont-ils apolitiques ?

    Moralité :

1         Lorsque vivant l’on est canonisé, l’on court le risque de ne jamais être un bienheureux.

2         Selon que vous serez puissant ou misérable, vous serez nommé DSK ou « femme de chambre » ; selon que vous serez DSK ou « femme de chambre », vous serez déclaré bourreau ou victime.

3         Au vingt-et-unième siècle, l’insécurité qui tient le monde en otage, c’est le terrorisme ; mais l’insécurité, pire que celle du terrorisme, qui guette tout citoyen du monde où qu’il se trouve, c’est l’insécurité judiciaire.

     Ne l’oublions pas : la vraie faute commise par Ponce-Pilate, ce n’est pas d’avoir laissé crucifier l’innocent Jésus de Nazareth, c’est d’avoir ordonné qu’il fût flagellé alors même qu’il n’avait contre lui aucun indice de culpabilité… S’il advient que Dominique Strauss-Kahn n’est pas coupable, le préjudice qu’il aura déjà subi est-il réparable ? Lorsque la victime présumée demeure hermétiquement invisible pendant que le présumé coupable est exposé en grand format, l’on frise forcément une horrible affaire Calas ou Dreyfus… A force de vouloir – comme pour démentir La Fontaine - s’exhiber comme pays champion de l’égalitarisme, pays où nul n’est        au-dessus de la loi, les Etats-Unis d’Amérique en fin de compte s’affichent comme terre de déni de justice. Pourtant Abraham Lincoln soutenait qu’il est indécent de chercher à faire prospérer un pauvre en ruinant un riche !

     Barack Obama a trucidé Ben Laden ; il lui reste à débarrasser le monde et du terrorisme et de l’insécurité judiciaire. Pour l’heure, première puissance du monde, pays de la peine de mort, les Etats-Unis d’Amérique demeurent une contrée où se tolèrent la présomption de culpabilité et les traitements inhumains et dégradants y afférant…

Huenumadji AFAN

A suivre !...

BCCM/PS/CHRONIQUE/07062011

© 2014 Tous droits réservés.

Créer un site internet gratuitWebnode