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LA POLITIQUE SANS POUVOIR

06/12/2014 16:25

 

 « Hé ! voici l’homme aux rêves ! Profitons-en pour le tuer. […]  On verra bien alors si ses rêves se réalisent. »

Genèse, 37,19-20

     « La politique sans pouvoir », tel est le titre du dernier ouvrage de Bernard Castagnède, professeur de droit public à l’Université Paris-I Panthéon Sorbonne, ancien député européen, vice-président du Parti Radical de Gauche.

    Dans ce livre publié en mars 2007 aux Editions du Seuil, l’auteur fait, d’entrée, ressortir : « Dans la pensée occidentale, la politique est inséparable du pouvoir. Elle est une lutte pour la conquête et la conservation des moyens, pour un ou quelques-uns, d’imposer aux autres les conditions de leur existence et de s’approprier les avantages que confère la domination. » L’observation de Bernard Castagnède est d’autant plus pertinente qu’à l’échelle mondiale la politique apparaît pour l’homme politique comme occasion de se doter de pouvoir(s). Et Castagnède de considérer que, contrairement à cette vision injuste, le salut de l’humanité viendra de l’expansion progressive du pouvoir de la loi en tant qu’expression, d’une part, du pouvoir de représenter, de légiférer, et d’autre part, du pouvoir d’application du légiféré. En fait, Castagnède fait l’apologie de la démocratie et de l’Etat de droit à étendre irrésistiblement, selon lui, à l’échelle du globe…

    En réalité, il est plutôt nécessaire que tout homme de bonne volonté prenne sur soi de démystifier l’opinion largement répandue tendant à faire admettre que « démocratie » et « droits de l’homme » sont de la même sève. Deux conditions pour réconcilier « démocratie » et « droits de l’homme » :

1.      La démocratie doit être non pas l’expression de la volonté de la majorité, mais bien l’action par laquelle la minorité ne s’impose pas à la majorité, en même temps que la majorité ne s’impose pas à la vérité. Exemple : lorsque quatre personnes sur dix affirment que deux et deux font cinq, les six autres doivent faire un rappel à l’ordre ; lorsque six personnes sur dix affirment que deux et deux font cinq, les quatre autres doivent entrer en résistance…

2.      La loi doit cesser d être le produit d’un processus de « légifération », et (re)devenir loi naturelle fondée sur le respect du bon sens ; ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse. Bref, l'on doit souhaiter non pas le triomphe d’un Etat de droit, mais plutôt d’un Etat droit.

De façon générale, l’édification d’une culture de désaffection à l’égard de toute instance de domination, de tout instinct de pouvoir, est la véritable condition de salut. Mais la tâche est bien éprouvante. Elle exige une prise de conscience individuelle particulière. Avec tous les risques que cela comporte pour l’individu éclaireur. En effet, lorsqu’il ose défier l’obscurantisme, rejeter la compromission, mépriser les titres, les honneurs et l’argent, l’individu humain devient gênant ;       il n’a plus droit qu’à assumer son chemin de croix : il assemble contre soi tous les pouvoirs, Ponce-Pilate, mais aussi Anne et Caïphe.

Huenumadji AFAN

A suivre !…

BCCM/PS/CHRONIQUE/28052007

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