Anticipation Logique Elaboration Action

La cabane du chasseur

10/11/2014 12:02

Troisième révélation : De la dictature

Elle ressort de sa cabane.

La vérité est parfois dans le flot des humeurs, mais toujours naviguant de la conscience à la réalité. Il faut être vigilant pour la suivre. Et opposer à n’importe quelle embrouille le langage de la vérité.

Qui est le plus heureux ? De celui qui a ou de celui qui est ? D’aucuns pensent en posséder la réponse. « Avoir ou ne pas être ! Telle est la question », disent-ils. Et moi qui reviens de si loin, je peux vous avouer que les réponses suscitent de multiples autres questions. Par exemple, avoir quoi ou être qui ?

Don’t worry !

Supposons un nègre. Normalement, cela doit être régulier qu’il y en ait qui aient et d’autres qui n’aient pas, qu’ils y en aient qui soient et d’autres qui ne soient pas. Mais non, quoi qu’on fasse, quoi qu’on ait, quoi que l’on soit, un nègre c’est un nègre.

Il n’y a qu’une nuance. Un nègre qui se plaint, tout le monde le plaint. Un nègre qui s’en fout, tout le monde dit qu’il est fou ! L’humanité est jalouse de ce droit à la paresse que la nature accorde au nègre d’Afrique en le dotant de richesses colossales, de soleil toute l’année et pas de calamité genre tsunami, typhon, éruption volcanique dévastatrice, ouragan… toutes ces choses qui ont nom de fille ou n’en n’ont pas.

Et seule la négraille en est inconsciente. La parole féconde n’interdit pas d’être dite.

La négraille ! Celle qui s’englue dans un complexe d’extranéité, se traumatise tout seul, s’aplatit, s’abêtit, se dénie et se dénue de tout discernement, s’égosille pour intégrer la bêtise mondiale. Pourtant, on l’aurait remarqué, si la nature avait préféré les autres.

Voilà ce qui est difficile à faire comprendre à l’ingénieur agronome. En tout cas, à vous dire la vérité, il n’y a jamais eu qu’un lieu où le dialogue a été possible. Qu’un type de dialogue possible. Il y a des tas d’autres personnes pour le reste.

Voilà aussi pourquoi je n’ai pas pu lui expliquer le peu de sérieux que j’accordais au mariage depuis celui de Farida.

Elle l’imite.

-      Enfin, toutes les femmes rêvent d’un beau mariage…

-      Ah oui ! Elles te l’ont dit ?

 

Elle parle aux visiteurs.

Et puis, j’ai eu la mauvaise idée de l’amener à se présenter aux élections locales. Vous vous souvenez ? Ce machin que nos mandarins ont qualifié de dictature et que nous avons intégré tels des perroquets.

 

Représentation

Il y avait une foule innombrable dans la cour de l’école du quartier. Pour tout dire, tout le quartier était présent. Les enfants aussi, mais eux, leur voix ne comptait pas. Quelques filles de la rue étaient là aussi. Les Ghanéennes, comme on les appelait. Elles étaient des spectatrices.

La commission était composée de cinq personnes. Chaque candidat devait monter sur la table devant elle, se montrer à la foule, au peuple comme on disait, qui répondrait à dix questions préliminaires.

Dans la mesure où la plupart des candidats échouaient au plus à la cinquième question, je me souviens mal des cinq suivantes.

Le premier candidat était debout sur la table, maintenant.

- La commission : Connaissez-vous cet individu ?

- La foule : ouiiiiii……………

- La commission : est-il un assassin ?

- La foule : On ne sait pas !

- La commission : est-il un voleur ?

- La foule : Non……………….

- La commission : un menteur ?

La foule se tait parce qu’on ne sait plus très bien distinguer la vérité du mensonge.

- La commission : fait-il dans la magouille immobilière ?

- La foule : Non…………..

- La commission : gère-t-il les femmes d’autrui ?

- La foule : Oui………

- La commission : descendez, monsieur.

La foule jubile. Et ainsi de suite. La cinquième candidature était celle d’une femme. Il y eut comme de l’électricité dans l’air lorsque le membre de la commission posa la cinquième question : « est-ce qu’elle se prostitue ? » La foule hua en criant : « Article 124 » comme si elle s’était concertée auparavant.

Le président de la commission ne comprit pas aussitôt. Très fermement, il traita la réaction d’anarcho-gauchiste et menaça de mettre hors d’état de nuire, les trublions qui s’étaient infiltrés dans la masse pour porter atteinte à nos acquis démocratiques. Eh oui ! on parlait de démocratie aussi.

La foule ne fut absolument pas intimidée. Elle disait, la foule, qu’il ne fallait pas confondre nouer les quilles et secouer les nouilles. Le président de la commission ne comprit toujours pas. L’incident et les discussions conséquentes durèrent deux heures à l’issue desquelles le président de la commission fut démis de ses fonctions par la foule et changé sur le champ. La question incriminée fut remplacée par : « gère-t-elle les maris d’autrui ? »

Après cette victoire des femmes que les hommes soutinrent fermement, le scrutin se poursuivit. Jusque tard dans la soirée. Sans autre incident majeur. L’ingénieur agronome faisait partie des candidats retenus après les dix questions. Ils étaient sept et si ma mémoire est bonne on en recherchait sept. Logiquement, il n’était donc plus utile de voter. Mais la commission les a tout de même alignés et chacun de nous a fait la queue derrière son élu.

Surprise générale, plus de la moitié des femmes s’était alignée derrière l’ingénieur agronome. Les six autres candidats s’étaient partagé les miettes. Un d’entre eux n’avait eu que son épouse derrière. C’est cela qui est incommode dans la dictature. Dans la démocratie, d’abord, on ne sait pas pour qui on vote, puisque ce sont des partis. Ensuite, on ne sait pas qui vote quoi le scrutin étant secret. Il arrive même que vous ne sachiez pas vous-même pour qui vous avez voté, après les décomptes de voix, du fait des problèmes de listes électorales.

Quoi qu’il en soit, cette élection a changé l’ingénieur agronome. Désormais, il tirait tout ce qui bougeait et voulait me commander. Puis, il m’a fait un chantage : pour son honneur, me dit-il, il était impératif qu’on se marie. Impératif ? Impératif ! Je le larguai.

 

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