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HISTOIRE DES TOGOLAIS

06/12/2014 11:53

 

« Nous qui sommes hommes, ne savons-nous pas bien jusqu’à quel point d’autres hommes ont pu être ou imposteurs, ou dupes ? »

FONTENELLE, Histoire des oracles, Préface

       Le jeudi 13 avril 2006, à travers une conférence-dédicace spéciale organisée au campus universitaire par le président de l’université de Lomé, un document a été solennellement introduit au public. Sa spécificité est qu’il se veut l’ « Histoire des Togolais », affichant d’emblée une certaine prétention à démontrer qu’il existe une nation togolaise, ou des fondements à la constitution de celle-ci. Mais surtout l’Histoire des Togolais se veut un ouvrage scientifique, fruit de nombreuses années –« plus de vingt ans »- de recherches menées par une quarantaine de chercheurs, des universitaires attitrés, habilités. L’ouvrage revendique ainsi sa crédibilité par le fait de son adoubement institutionnel ; il est, quelques jours plus tard, officiellement présenté au Premier ministre du Togo. En réalité, l’Histoire des Togolais apparaît comme un ouvrage à motivation d’instruction civique orientée, dont la valeur scientifique reste à déterminer :

1.        Ce n’est guère de la casuistique que d’ observer qu’il y a loin de la pertinence à faire ressortir, avec une certaine emphase, que les populations du Togo étaient déjà en place, qu’elles entretenaient des relations entre elles antérieurement à la colonisation, insinuant ainsi, de façon indue, qu’elles « vivaient ensemble » dans un espace considéré comme domaine patrimonial commun. Les chefs résistants du pays adja, tem, kabyè, tchokossi…s’opposaient-ils au colonisateur allemand ou français avec le sentiment qu’ils défendaient la « nation togolaise » ? Le résistant konkomba se disposait-il  réellement, au nom d’une « nation togolaise », à admettre éventuellement, une fois le colonisateur défait, le leadership du chef résistant tchokossi ? Les populations du Togo ont eu à affronter un adversaire, le colonisateur : cela ne suffit pas pour que se cristallise l’idée ou le sentiment qu’elles constituent  une entité nationale !...

2.        De fait, le désir de célébrer ou de promouvoir une nation togolaise se heurte à la brutalité des données sociopolitiques. En raison même du caractère artificiel des délimitations territoriales et de la survivance conséquente et dynamique des ethnies, –véritables nations transversales-, il est illusoire, voire pernicieux, de vouloir transformer en étrangers, les uns par rapport aux autres, des frères et cousins d’une même famille, d’un même clan, sur la base de confinements territoriaux tripatouillés par les colonisations et douloureusement vécus par les populations. Pourquoi condamner les populations du Togo à  s’enfermer dans des structures territoriales infligées par la colonisation? Y a-t-il vraiment plus de raisons de vivre ensemble que de ne pas vivre ensemble en «Togolais » ? C’est dire que l’exaltation de l’idéal de nation, dans le contexte géographico-politique d’aujourd’hui, est proprement dérisoire, surtout si elle s’entend comme volonté d’édification d’une supra-nation togolaise,  prétexte à un appel au renforcement des hégémonies prédatrices qui ont inventé le Togo, et à une légitimation des rapports de domination interne à laquelle la « togolité » sert d’écran.   

3.        L’Etat du Togo existe, et il suffit. Le discours-nation n’est que pure diversion, visant à chatouiller les sensibleries et dispenser l’Etat de remplir son devoir irréfragable, celui d’assurer à l’individu-citoyen la liberté et la justice. Du reste,  partout à travers le monde, « les véhémentes protestations de certains groupes obligés parfois de ruer dans les brancards pour se faire entendre » (sic), « revendiquant la reconnaissance de leur identité propre » (sic), administrent la preuve manifeste, - même si ces revendications sont réprimées-, que tout le monde n’est pas dupe de ce chantage qu’on nomme « unité nationale ».  L’émergence d’une nation ne se postule pas : c’est des conditions créées par l’Etat pour son émergence que naît la nation.

    Moralité : Au moment où, agissant conformément à leurs intérêts, les réseaux se sont hargneusement mis en ordre de bataille pour se procurer des pères de l’ « indépendance » et des pères de la « nation » à proposer en consommation aux populations béates, la recherche scientifique  doit se garder  de  servir de caution  à  l’instrumentalisation du concept de nation, lequel concept transformé en pur slogan mystificateur conduit à toutes sortes de manipulation, dont l’une des plus pernicieuses –avec ses dérives désastreuses- est de faire accroire qu’il y a eu, dans l’histoire du Togo, des « nationalistes » et des « non nationalistes ». Faute de cette vigilance, la science historique, académique et marquée du sceau institutionnel, court le risque abominable de se travestir en mythistoire, pseudoscience engagée au service de la pseudo-politique, au nom de laquelle l’on se permet de produire en l’an 2005 une « histoire des Togolais » qui, par autocensure ou par esprit de chapelle, s’arrête au 27 avril 1960 !

Huenumadji AFAN

A suivre !...

BCCM/PS/CHRONIQUE/10082006

 

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