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Ecrire et publier ?

10/03/2016 10:22

« Ils font partout les nécessaires,

Et partout importuns devraient être chassés. »

LA FONTAINE

 

     « Maître de conférences de Littérature africaine et enseignant-chercheur au département de Lettres Modernes à l’Université de Lomé, directeur du Centre international de recherche et d’étude des langues - « Village du Bénin », il m’a offert et dédicacé – sans doute comme à tant d’autres – un exemplaire de son dernier ouvrage, publié à Lomé en décembre 2015, aux Editions Awoudy :

A toi, Jean Huenumadji, pour toutes les interrogations infinies !...

    Le titre de l’ouvrage est bel et bien : Ecrire et publier au Togo : Questionnements autour de la production littéraire « locale ».

    Je m’en voudrais à mort de ne pas faire – tout de suite - une mise au point péremptoire : Aucun individu désireux de s’exprimer n’est tenu d’écrire ; aucun individu désireux d’écrire n’est tenu de publier ; aucun individu désireux d’écrire et publier n’est tenu de s’adresser à une maison d’édition ; aucun individu désireux de s’adresser à une maison d’édition n’est tenu de le faire au Togo ! C’est dire donc combien la perspective adoptée, biaisée et fort teintée d’ostracisme, est foncièrement sectaire ; combien, en plein vingt-et-unième siècle, « écrire et publier au Togo » ne peut sonner que comme une proclamation étrange, une curiosité énigmatique suscitant en effet d’énormes interrogations infinies ! Aurons-nous jamais quelles réponses ?

    A quoi s’ajoute plus grande horreur : il est aujourd’hui outrageusement réducteur, voire pernicieux, de continuer à évoquer la problématique de la culture, de la réflexion, de l’expression et de la diffusion des idées en terme de « production littéraire ». L’on sait très bien que le concept de « production littéraire », par nature élitiste et restrictive sous tous les cieux, renvoie à des modes de pensée et à des structures de validation (éditions, livres, circuits de distribution, réseaux de nomination, coteries et confréries littéraires…), dont est a priori exclu le plus grand nombre, sans que soit nécessairement garantie la promotion de l’excellence[1].

    La bonne nouvelle de notre époque, c’est que, en lien avec l’ordre littéraire ou en marge, chaque individu a la possibilité de se soustraire à l’arbitraire, et de choisir, à sa convenance et selon les contingences, la forme et le mode les plus indiqués pour exprimer le monde et traduire ses propres aspirations profondes.

    Il est donc temps que les fils des hommes se disposent davantage à se projeter à l’avant-garde de l’humanité en marche. Il est temps que l’homme de science prenne la vraie mesure des enjeux ; qu’il se rende compte qu’il est désormais indécent de tenter d’imposer, à de malheureux esprits non avertis ou pris en otage, une nomenclature de la loge littéraire togolaise, et les seules connaissances et informations normalisées, renfermées dans des livres.

Huenumadji AFAN

A suivre !

BCCM/PS/CHRONIQUE/07032016

 



[1] Il convient d’indiquer, en opposition à tout jugement supplétif et à tout esprit d’arnaque ou de récupération, que le devoir de mémoire et de justice prescrit de rappeler, par exemple, que les « irrévérencieux » des années 1987-1990 (Kossi EFOUI, Komlan GBANOU, Kangni ALEMDJRODO, Lanvasso Bodi BODELIN, Théo ANANISSOH…) avaient déjà fait leurs preuves avant leur ordination dans l’ordre littéraire, dont le propre est de faire la mouche du coche !

 

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