Anticipation Logique Elaboration Action

Disciple de Jésus de Nazareth

06/01/2016 16:35

« Nous avons à mettre en relief le cœur même du message chrétien. Nous avons « sacramentalisé » le peuple chrétien sur une large échelle,                     nous ne l’avons pas suffisamment « évangélisé ». Telle est la situation de fait. »   Cardinal SUENENS

    Avec verve et beaucoup de sincérité, le Père Senyanu Louis HONDOCODO interpelle l’Eglise, l’Afrique, et le monde[1]. L’ouvrage du Père Senyanu Louis HONDOCODO ouvre en effet une perspective toute nouvelle sur la pertinence et la nécessité de l’inculturation, en entrant en profondeur dans les replis d’une spiritualité à la fois audacieuse et séduisante. Voilà qui peut donner vigueur et espérance à tout individu humain - singulièrement en Afrique – honnêtement désireux de vivre en véritable adepte de la promotion de la dignité humaine.

    L’on ne peut que regretter la rallonge proposée en postface, dont la marque essentielle est d’être outrancièrement réductrice. Cette postface semble ramener l’ensemble des réflexions de l’auteur, à la stricte problématique du « genre » et de l’ « homosexualité » aujourd’hui surabondamment médiatisée[2]. Face à l’ordre prédateur et à ses réseaux obscurantistes, qui soumettent le monde à l’injustice la plus immonde, donner cette orientation à la réflexion et à la lutte, c’est s’offrir une cible trop commode, et gracieusement la chance de ne jamais être inquiété que par de malheureux non-hétérosexuels. Or, le combattant, qui ne peut être réellement inquiété pour le combat qu’il mène, donne certainement dans la diversion, et se situe probablement dans la logique d’une personne qui déjà – sans doute sans s’en rendre compte – n’est plus dans le vrai combat[3]. Jésus de Nazareth n’aurait jamais été pendu à la croix, si sa ligne d’attaque avait été celle-là…

    Au demeurant, l’Eglise d’Afrique doit veiller à ne pas reprendre à son compte en sous-traitance une responsabilité fortement assimilable à celle naguère indûment assumée par l’Eglise, aux siècles d’Intolérance. Mieux vaudrait, pour l’Eglise d’Afrique, être à l’avant-garde de tous les combats libérateurs de la personne humaine, plutôt que de servir      – ruse de Satan !? - comme arrière-garde de l’Eglise, contre l’Esprit en notre temps[4]. Tout en affirmant le principe de la sauvegarde, au profit de toute l’humanité, de valeurs culturelles, il convient du reste d’éviter le retour d’une certaine « philosophie africaine » ; il convient de se préserver à tout prix d’une certaine façon de penser, de nos jours férocement à la mode : tout ce qui est bon et qui vient de l’extérieur, l’on affirme que l’Afrique l’a toujours possédé ; tout ce qui est mauvais en Afrique et qui se retrouve aussi ailleurs, l’on proclame qu’il vient de l’extérieur !

    Le combat, ce n’est pas l’Afrique face à l’Occident et/ou le reste du monde ; le combat, c’est l’humanité face à l’ordre prédateur. Le combat, ce n’est pas les Romains face aux Juifs ; le combat, c’est les Romains et les Juifs face aux réseaux et à leurs suppôts, César et consorts Ponce-Pilate, Caïphe et Anne…

    Le Père Senyanu Louis HONDOCODO a de bonne foi recherché la couverture et la collaboration de l’Imprimatur. Ce n’est pas une raison pour que l’on fasse d’un ouvrage généreux une occasion de refondation d’un dogmatisme épurateur, à contre-courant de la Lumière et de l’Espérance.

Huenumadji AFAN                                                                                                                                                                A suivre !...

BCCM/PS/CHRONIQUE/03012016



[1] Senyanu Louis HONDOCODO, Afrique, lève-toi ! Pour la naissance d’un monde nouveau, deviens qui tu es : Mère, Editions La Croix au Bénin, juin 2015

[2] Il est vrai que sur cette question la postface rejoint le point de vue de l’auteur (Cf. notamment Senyanu Louis HONDOCODO, Afrique, lève-toi !, Editions La Croix au Bénin, juin 2015, Livre I, pages 163-167 ; Livre II, pages 193 et suivantes, consacrées aux « Considérations conclusives »).             

[3] D’autant plus qu’en Afrique aujourd’hui, pour tout dirigeant qui opprime à suffisance les populations, la meilleure façon de se donner bonne conscience et de se dédouaner, c’est de se confectionner une image d’anti-homosexuel impénitent !

[4] L’attrape-nigaud congénital, le « Censeur culturel » universel, que l’humanité, partout à travers le monde, doit conjurer, c’est le                    Tout-Esprit, c’est-à-dire : le Fétichisme (confusion de la religion et de la science, confusion entre la religion et la science, substitution de la religion à la science, substitution de la science à la religion). Ce que confirme l’auteur, qui souligne (Cf. Livre II, page 148)  « l’importance et l’urgence de la conversion du mysticisme culturel en mystique chrétienne […] comme une exigence incontournable de la nouvelle évangélisation en Afrique.» Il faut insister : le piège du mysticisme culturel, c’est de rapporter tout problème humain à la seule dimension métaphysique, et d’envisager, pour le résoudre, des solutions strictement spirituelles.

  

 

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