Anticipation Logique Elaboration Action

Avant-propos

10/11/2014 13:34
La présente publication est l’initiative du Professeur Mahougnon Kakpo à qui je voudrais rendre hommage. Il m’a bousculé afin que je rassemble un certain nombre de mes textes, en particulier ceux qui ont été mis en scène ou en espace, dans une même série de volumes. En vérité, lui, mon ami, et d’autres, m’ont toujours reproché la rareté de mes publications. Il faut accepter là une divergence de vue que j’explique par la différence d’approches, non seulement sur la signification d’une publication, mais aussi sur son sens, je veux dire l’action où elle nous porte.
Pour moi, le salamè est un discours éphémère, qui se tient dans les circonstances qui l’appellent, avec des réactions attendues sur le champ. Il se vit l’instant où il se met en séance. C’est une invitation au dialogue et au partage, une prière collective à la beauté, une invite à l’action directe. Il s’ensuit que les textes édités constituent des reliques d’une action révolue, d’un bonheur déjà vécu, déjà volé. C’est pour cela que j’éprouve moins de gêne à dire oui lorsque la proposition vient d’un pays ou d’un continent spécialisé dans la collecte de ce genre de vestiges.
Entendons-nous bien. J’aime le livre. Le livre comme objet ainsi que le livre comme source d’informations et de poésie. Mais au moment où j’écris les présentes lignes, je ne dispose d’aucun exemplaire de Miagbadogo ou de Goli, ni chez moi, ni dans ma petite bibliothèque que j’ai mise à la disposition de La Médiathèque des Diasporas à Cotonou, pour une utilisation publique. Car comme objet, ces deux livres ne me paraissent pas incontournables. Je les trouve même quelconques. Ensuite, parce que le rêve que leur contenu voulait respectivement incarner a été avorté depuis longtemps déjà.
Autrement dit, je n’écris pas pour exister comme écrivain. J’écris avec le secret dessein d’agir. Telle est ma fonction. Et telle se justifiait ma réticence à répondre avec diligence à la requête du Professeur Kakpo, en lui promettant tous les mois, le manuscrit pour le mois suivant, toutes les semaines pour la semaine suivante, depuis deux ans.
Au même moment, j’entends l’acharnement du professeur de littérature, un des rarissimes à l’Université à chercher vraiment, y compris sur des pistes inexplorées, qui évoque des références inaccessibles par ses étudiants. Le Professeur Kakpo n’est d’ailleurs pas seul dans le cas. Il y a deux ans, son collègue le Professeur Bienvenu Koudjo a dû me contraindre à faire faire des photocopies de Brenda Oward par ses étudiants de Lettres Modernes.
Pour être franc, je ne comprends pas très bien ce qu’il y a de notoriable dans ces textes, ni même dans de nombreux autres sur lesquels ils vont jusqu’à écrire des livres. Une manière de célébrer des personnes qui profitent bien du système tout en s’érigeant en donneurs de leçons et en saints. Cette vanité me gêne. Non pas que je ne crois point en la force de ce que je crée ; mais si je ne crée que pour être célébré, c’est que j’aurais abaissé la force de la sensibilité à moi et que mon oeuvre serait devenu totalement inutile.
J’ai toujours eu peur de tomber dans ce travers du nombrilisme et je m’en méfie. J’ai toujours considéré que la seule éternité de mon oeuvre ne réside pas dans ses reliques – le livre – mais dans sa capacité à susciter un chemin de mieux-être, dans le tact qu’il pourrait avoir de procurer du bonheur à un individu, ne serait-ce qu’un individu. Car le bonheur peut être aussi contagieux que la misère. Et étant donné que cette dernière est aujourd’hui en pandémie, des mesures d’urgence s’imposent.
C’est donc, peut-être, en désespoir de cause que je finis par me plier.
La présente parution ne répond à aucune logique de sélection : chronologie, thème, genre... Le lecteur avisé découvrira que je n’écris que le même rêve, de la même manière, mais simplement sur des champs d’action différents. Je propose juste, ici, des textes que j’ai sous la main. Dans l’ordre où je les ai sous la main. Et je remercie le Professeur Kakpo de m’avoir passé les manuscrits de Les Rescapés de l’Anti-Univers, ma mère celui de Goli, et par avance les autres qui m’en passeront d’autres.
Par ailleurs, Le Professeur Kakpo avait souhaité que je publie dans ce même volume mes discours théoriques sur le théâtre et le salamè.
Pour des raisons de simplicité, j’ai voulu ce discours dans un volume à part. Et c’est avec plaisir que je proposerai très vite ce dernier. Sans esprit de controverse. Car le discours sur le salamè, ce n’est pas du salamè. Il s’agit d’observations diverses sur les pratiques de séances dans le champ culturel populaire béninois. Le salamè est l’une de ces pratiques. L’essai, qui ne se veut pas universitaire, mais simplement informatif, décrit comment certaines de ces pratiques fonctionnent, comment elles rassemblent le peuple parce qu’elles lui ressemblent. Parce qu’elles sortent de ses entrailles, de sa conception de la vie.
Mon espoir est que la théorie sur le salamè ne formalise pas le salamè, qu’elle ne devienne pas un créneau où l’on veuille coûte que coûte voir du salamè dans tout ce qui provient du terroir. Voilà pourquoi, tout en consacrant l’essentiel de mon observation sur le salamè, j’ai jugé primordial de situer cette pratique dans son environnement, en y joignant quelques autres séances qui préfigurent ou justifient ce que mon autre ami, le Professeur Ayayi Togoata Apédo Amah, décrit comme l’attitude spectatrice du public béninois.

Camille Amouro, Salamè, tome premier, Cotonou, Les Editions des Diasporas, 2010, 200 pages

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